21.06.07
Tout pour la BD
Il y a deux ans qu'Arnaud de Partz et Henri Moretus lançaient la Banque Dessinée. Cette salle de ventes centrée sur le 9e art en est déjà à sa septième vente ce 24 juin.
Ils sont passionnés et déterminés. Ils ont toujours été fans de BD : collectionneurs à leurs heures, grands lecteurs et relecteurs, ils sont devenus aujourd'hui des acteurs importants sur le marché. Ils sont lancés, leur affaire marche bien et ils ne cachent pas leur ambition de devenir numéro 1 en Belgique en matière de BD.
« C'est notre domaine et nous sommes les seuls à ne pas avoir d'intermédiaire entre le client et nous, ce qui nous permet d'établir des relations privilégiées », explique Arnaud de Partz tout en reconnaissant que la concurrence existe.
Le plus et le moins
Quelques petits détails distinguent cette salle des autres. Outre sa jeunesse et sa nouveauté, elle met un point d'orgue à confier chaque fois la couverture de son catalogue à un dessinateur différent : celle-ci est l'oeuvre de Clovis. Les précédentes avaient été confiées dans le désordre à Bruno Marchand, Philippe Wurm, François Walthéry, Illik (Jarry), Olivier Pâques... Un petit plus, un petit plaisir qui l'ancre encore dans cet univers où les collectionneurs sont nombreux.
« Mes bandes dessinées, elles sont là pour être lues, je les prête volontiers », explique Arnaud de Partz en parlant de sa collection. Pour certains collectionneurs, le réflexe du coffre-fort va de soi - et il est tout à fait compréhensible lorsqu'il s'agit de la première édition couleur du Lotus bleu dont les enchères sont montées jusqu'aux 6.000 euros lors la vente de mars ! Pour les autres, c'est de boulimie d'achat, de soif de posséder qu'il s'agit ; pour d'autres encore, c'est de pur plaisir de la lecture, peu leur importe l'édition...
C'est pour cette dernière catégorie que la Banque Dessinée conservera toujours une soixantaine de lots pas chers de BD à lire. Pour la vente de juin, les petits prix se retrouvent dans les 67 premiers lots, parmi lesquels figurent des séries entières (ou presque).
Effet Hergé ?
Cette année, on fête Hergé et pourtant son centenaire ne semble pas avoir d'influence particulière sur le marché. « Tout le monde sait que Tintin a de la valeur mais rares sont ceux qui ont une idée exacte des prix ! (...) Par contre, ce qui aura probablement plus d'impact, c'est le film de Spielberg car il va probablement élargir le marché qui est clairement francophone (Belgique, France, Suisse, Canada...). »
Lorsque les Américains entreront en scène, le marché connaîtra probablement quelques bouleversements. Mais l'heure n'est pas encore là. 2007 marque les 100 ans de la naissance d'Hergé, et la Banque Dessinée a rassemblé pour l'occasion une collection presque complète des Tintin en édition originale noir & blanc, y compris Tintin au Congo et Tintin chez les Soviets, un album « mythique » estimé 7.000/8.000 euros. Seront également mises en vente toutes les premières éditions en couleurs et dans de superbes états.
L'état est en effet un facteur de toute première importance. C'est lui qui fait littéralement exploser les prix : entre un mauvais état et un état neuf, le prix peut être multiplié jusqu'à 40 pour la plupart des classiques, qu'il s'agisse de Tintin, Gaston, Blake et Mortimer, Boule et Bill... Un coin corné, une déchirure - pire, une réparation au papier collant -, des taches, décolorations et autres faits du temps ou de manipulation, déprécient considérablement leur valeur.
Gaston et Titeuf
Parmi les 661 lots, figurent quelques éditions originales de Gaston en format à l'italienne, très recherchées. À titre d'exemple, les Gaffes en gros en édition originale de 1965 en état neuf sont évaluées 700/800 euros.
Pour les albums, la langue a aussi son importance. Les albums en néerlandais valent beaucoup moins. Les collectionneurs du nord du pays l'ont d'ailleurs bien compris puisqu'ils délaissent la langue de Vondel au profit de celle de Voltaire. Pour les planches, la question ne se pose pas et des acheteurs d'autres nationalités entrent en jeu comme les Néerlandais, les Allemands, les Italiens, les Espagnols...
Parmi les originaux, on relève deux couvertures de Bob De Moor, le plus fidèle assistant d'Hergé, estimées 4 .000/5.000 euros pièce ; une planche de la « grande époque » de Blueberry (Giraud), estimée 5.000/6.000 euros ; un dessin de Franquin pour une oeuvre caritative de 1986 (1.500/2.000 euros).
Parmi les recueils et périodiques, quelques fascicules de Tintin (spécialement entre 1946 et 1949) devraient attirer l'attention des collectionneurs tandis qu'au rang des inédits, un exceptionnel album de dédicaces ne devrait pas laisser indifférent puisqu'il comporte 28 dédicaces toutes signées des plus grands noms comme Roba, Morris, Derib, Peyo, Franquin, Tibet, Macherot... Cet ensemble unique est estimé « seulement » 2.000/2.500 euros.
Il est par ailleurs aussi intéressant de noter qu'il existe également des albums récents qui s'arrachent à prix d'or. Ainsi en est-il des premiers Titeuf, parus avant le grand succès. Le nº1 de 1993 à l'état neuf a déjà atteint les quelque 700 euros ! Les 2 et 3 sont également très recherchés. Inutile par contre de miser sur ceux récemment parus, leur tirage étant pléthorique !
EGGERICX,LAURE